mercredi 19 juin 2013

Benchmark : le système de retraite russe

La Russie a profondément réformé son système de retraite en  2002. Le législateur a introduit un système à trois piliers avec une forte imbrication de la répartition et de la capitalisation.

 Ce système comporte deux régimes obligatoires :

L’un par répartition (premier pilier), financé par un prélèvement obligatoire de 6% sur tous les salaires (plafonné à hauteur d’environ 12 500 EUR par an). Fin 2012, le montant de primes collectées au titre du premier pilier représentait environ 4% du PIB russe .

L’autre par capitalisation, financé par un prélèvement obligatoire de 16% sur les salaires des personnes nées avant 1967 et de 10% sur les salaires des actifs nés après 1967.

Les fonds collectés sont affectés 

 Au sein du Fonds d’Etat, et gérés  par la banque publique VneshEconomBank (VEB) ou  par des compagnies privées.

Au sein de l’un des 135 fonds de pension privés (негосударственный пенсионный фонд, NPF).

Ce second pilier finance le système de retraite actuel en versant des pensions dont le montant est proportionnel à la somme que l’employé a versée durant sa carrière.

Le système comprend également un régime facultatif par capitalisation (troisième pilier) abondé par :
 Des contributions patronales à hauteur de 6% des salaires pour les actifs nés après 1967 ; des contributions facultatives supplémentaires des employés.


lundi 17 juin 2013

Dispositions retraites chapeaux dans le nouveau code de gouvernance AFEP-MEDEF

Les organisations patronales ont publié ce lundi 17 juin leur nouveau code de gouvernance. Il s'agit d'une version largement actualisée par rapport à celle de 2010. Ce nouveau code vise à encadrer la gouvernance des entreprises et plus particulièrement les politiques de rémunération. L'épargne retraite est mentionnée dans ce code avec des règles de conduites pour l'attribution des retraites chapeaux. 


passage du code concernant les retraites 

Régimes de retraite supplémentaires Les régimes de retraite supplémentaires relevant de l’article L.137-11 du code de la sécurité sociale, prévus pour des cadres dirigeants et des dirigeants mandataires sociaux, doivent respecter des conditions qui évitent les abus. Les retraites supplémentaires à prestations définies sont soumises à la condition que le bénéficiaire soit mandataire social ou salarié de l’entreprise lorsqu’il fait valoir ses droits à la retraite en application des règles en vigueur. Afin de prévenir tout abus, il est nécessaire de poser certaines règles complémentaires (sous réserve des plans fermés à de nouveaux bénéficiaires qui ne peuvent plus être modifiés) :  un tel avantage doit être pris en compte dans la fixation globale de la rémunération sur la base des principes généraux énoncés ci-dessus ;

 le groupe des bénéficiaires potentiels doit être sensiblement plus large que les seuls mandataires sociaux ;


 les bénéficiaires doivent satisfaire à des conditions raisonnables d’ancienneté dans l’entreprise, d’au minimum deux ans, fixées par le conseil d’administration pour bénéficier des prestations d’un régime de retraite à prestations définies ;


 l’augmentation des droits potentiels doit être progressive en fonction de l’ancienneté dans le régime et ne doit représenter, chaque année, qu’un pourcentage limité à 5 % de la rémunération du bénéficiaire. Cette progressivité doit être décrite ;

 la période de référence prise en compte pour le calcul des prestations doit être de plusieurs années et toute augmentation artificielle de la rémunération sur cette période à la seule fin d’augmenter le rendement du régime de retraite est à proscrire.

Les systèmes donnant droit immédiatement ou au terme d’un petit nombre d’années à un pourcentage élevé de la rémunération totale de fin de carrière sont de ce fait à exclure.


En outre, des informations sur les droits potentiels ouverts à titre individuel, notamment le revenu de référence et 
le pourcentage maximum dudit revenu auquel donnerait droit le régime de retraite supplémentaire, doivent être rendues publiques. Ce pourcentage ne saurait être supérieur à 45 % du revenu de référence (rémunérations fixes et variables dues au titre de la période de référence).

M6 Capital : François Hollande précise le cadre de la future réforme des retraites


François Hollande, à l'émission Capital de M 6 du dimanche 16 juin, a précisé les contours de la future retraite. Il a éliminé certaines pistes. Ainsi, il a définitivement écarté le report de l'âge légal de retraite au-delà de 62 ans. Il a rejeté le principe d'une harmonisation des régimes spéciaux sur celui du régime général. Il a tenté de rassurer les retraités en affirmant que les pensions ne seraient pas amputées. Il en découle que la désindexation n'est pas la voie principale de réduction des dépenses. Il a retenu l'idée d'un allongement de la durée de cotisation mais de manière assez lente avec un passage. Le relèvement de la CSG ou un plafonnement accru de l'abattement de 10 % sur l'impôt sur le revenu seront peut être au programme. Pour atteindre 20 milliards d'euros d'économies ou de prélèvements, les négociateurs vont devoir faire preuve d'imagination.

dimanche 16 juin 2013

La semaine économique et financière du Cercle

Le coin des Epargnants

Paris a achevé la semaine à 3 805 points. La bourse de Paris a poursuivi son recul la semaine dernière, -1,74 %. Les interrogations sur l’évolution de la politique monétaire américaine se poursuit. Les doutes sur le miracle japonais poussent les investisseurs à la prudence. Les prises de bénéfices sont également au rendez-vous après un début d’année très haussier.

Les tensions sur les taux minent le marché. Le taux de l’obligation d’Etat à 10 ans tourne autour de 2,1 % ; celui du bund allemand à 1,55 %. Ces tensions pourraient perdurer et conduire le marché à la prudence.
Les entreprises implantées aux Etats-Unis comme Vallourec résistent bien du fait de la conjoncture porteuse en particulier dans le secteur énergétique.

Le bal des retraites est ouvert

Vendredi 14 juin la présentation du rapport Moreau lance les hostilités de la réforme des retraites version 2013. Les négociations souterraines avec les syndicats vont pouvoir se dérouler au grand jour afin d’élaborer un projet qui sera discuté à l’automne. A la clef, des prélèvements, des réductions de pension et des durées de cotisation revues à la hausse.

Le Gouvernement semble avoir, en grande partie, dessiné le cadre de la future réforme. Des rendez-vous informels avec les syndicats ont déjà eu lieu en marge de la préparation du rapport.

La durée de cotisation sera allongée certainement jusqu’à 43 ans avec un calendrier accéléré.

La désindexation fera l’objet de négociation délicate. Le Gouvernement souhaitera sans nul doute qu’elle ne touche pas les retraités modestes mais du fait de la complexité du système, il sera difficile de pouvoir garantir une traçabilité. En effet, avec un système à étages et dans lequel un retraité peut dépendre de plusieurs régimes de base et de plusieurs régimes complémentaires, il est techniquement lourd à pister les petites retraites si ce n’est à travers les déclarations d’impôt sur le revenu.

La sous-valorisation des salaires portés au compte pour le calcul des futures pensions pénalisera les futurs retraités. Indolore dans sa conception, elle aura un impact important si elle est appliquée sur plusieurs années.
De même, le Gouvernement, sous couvert d’améliorer le régime des majorations pour enfant et celui de la réversion, devrait économiser quelques centaines de millions d’euros.

Les retraités apparaissent comme la principale cible du Gouvernement qui prend le risque d’un vote de rejet aux prochaines élections municipales et européennes. Le Gouvernement ne retiendra pas toutes les propositions Moreau. Il arbitrera entre l’harmonisation du taux de CSG pour les retraités imposés à l’impôt sur le revenu, la fiscalisation des majorations pour familles nombreuses, la suppression ou la réduction de l’abattement de 10 % pour frais professionnels dont bénéficient les retraités.

Les entreprises ne devraient pas échapper à une majoration des cotisations afin de montrer qu’elles sont solidaires.
La grande inconnue est la capacité du Gouvernement de modifier le régime de la fonction publique. La Commission Moreau a pris le soin de mentionner noir sur blanc que la modification du mode de calcul ne devrait pas avoir comme objectif de réaliser des économies.

Le débat sur les retraites devrait occuper une grande partie de l’été avec une première étape à l’occasion de la Conférence sociale de cette fin de mois de juin qui donnera le ton des futures négociations.

 Le Japon, fin du miracle ou retour aux fondamentaux

Depuis le début de l’année, tout réussissait ou presque au nouveau pouvoir japonais au point que la méthode commençait à faire des émules au point qu’Arnaud Montebourg aurait voulu que l’Europ s’en inspire. Mais, le remède semble avoir trouvé ses limites.

« L’Abenomics », le programme de relance budgétaire de plus de 2 points de PIB, couplé à des injections massive de liquidités, a certes eu des résultats avec une dépréciation de la monnaie et une reprise des exportations. La bourse qui était en souffrance depuis des années a enregistré une forte hausse. D’octobre 2012 à mai 2013, la bourse de Tokyo  a gagné près de 80%. Mai depuis la fin mai, la machine s’est enrayée avec des afflux de capitaux, la remontée du yen. Le yen a regagné près de 10% contre dollar depuis le 22 mai, sur le marché des actions, le Nikkei a cédé 20% depuis son dernier point haut. Les fondamentaux sont plus forts que l’illusion monétaire. L’économie japonaise est fermée sur elle-même et vieillit. Elle perd chaque année 200.000 actifs. Certes, « L’Abenomics » comporte également un volet de réformes structurelles visant  à stimuler l’offre et à remonter le potentiel de l’économie. Les résultats sont attendus à moyen terme.

 Iran, un nouveau Président pour une nouvelle politique économique ?

La victoire du candidat modéré, Hassan Rohani, à la présidence de la République  a été salué par la communauté internationale. Cette élection marque une rupture après  8 années de présidence tumultueuse de Mahmoud Ahmadinejad,

Mais, il ne faut pas tirer de conclusions hâtives sur cette nouvelle présidence. Le jeu  politique iranien est assez complexe. Le président a avant tout un rôle de communiquant quand les décisions sont prises par le Guide suprême Khamenei. Ainsi, le dossier du nucléaire relève du guide suprême.

 L’arrivé de Rohani intervient au moment où l’Iran traverse une crise économique grave marquée par une forte inflation dépassant 30 % et par une stagnation économique en partie liée aux sanctions internationales. L’Iran doit revenir sur le marché économique international surtout que la population se lasse des propos belliqueux du pouvoir. 50 % des iraniens vivent sous le seuil de pauvreté et le pouvoir d’achat est en chute libre depuis 6 ans. De ce fait, riche de ses réserves pétrolières (4ème rang mondial), l’Iran se doit de desserrer l’étau des sanctions internationales.

 A suivre...

Mardi, 18 juin, les Etats-Unis communiquent leur taux d’inflation du mois de mai qui devrait être de 0,2 %. De même, le Royaume-Uni publiera également son indice des prix du mois de mai. Le taux devrait rester au-dessus de la cible des 2 %. Il était de 2,8 % au mois de mars et de 2,4 % au mois d’avril.

Mercredi, il faudra suivre la réunion du FOMC de la FED. Si aucune modification n’est attendue, en revanche, B. Bernanke pourrait préciser les conditions nécessaires à une réduction du rythme des achats de la Fed.

Jeudi, Eurostat publiera les enquêtes PMI du mois de juin. Une nouvelle hausse est attendue même si l’indice PMI reste bas en zone de contraction d’activité.

Jeudi 19 et vendredi 20 juin, il faudra suivre la Conférence sociale à Paris avec les retraites et l’emploi au menu.

samedi 15 juin 2013

Rapport Moreau : les trois oublis


Philippe Crevel décrypte pour Atlantico le rapport Moreau sur les retraites. Il souligne que ce rapport comporte plusieurs oublis dont la capitalisation. Il regrette par ailleurs que la Commission Moreau n'est pas osé poser la question de la réforme systémique.

Lire l'article 

vendredi 14 juin 2013

Rapport Moreau : interview sur France Info


Après la publication du rapport Moreau, Philippe Crevel a été interrogé sur France Info par Sarah Lemoine sur les conséquences de la désindexation des pensions et des salaires versés aux comptes.

Rapport Moreau : il faudra souffrir un peu plus pour avoir sa retraite !!!

Depuis vingt ans, le système de retraite français doit faire face à un double défi, le ralentissement de la croissance française et le vieillissement de la population (papy-boom en tant que réplique du baby-boom et allongement de l’espérance de vie). Les pouvoirs publics ont privilégié les ajustements paramétriques et ont renoncé à engager une réforme structurelle. Les propositions de la Commission Moreau sont audacieuses au regard de l’histoire des réformes des retraites mais il n’en demeure pas moins qu’elles manquent de perspectives. Elles répondent à un impératif de court terme et oublient souvent leur impact économique. Ce rapport comporte deux oublis, les régimes spéciaux et la capitalisation.

1. La double problématique des retraites

Un problème de financement conjoncturel

Avec la crise, depuis 2009, les ressources des régimes vieillesse progressent moins rapidement que les dépenses d’où l’augmentation du déficit qui devrait être de 20 milliards d’euros en 2020.

Un problème plus structurel lié au vieillissement de la population

La population de plus de 60 ans qui représente près du quart de la population française en représentera le tiers en 2050. Le nombre de retraités qui est de 15 millions en 2012 devrait atteindre 20 millions en 2030 et 25 millions en 2050. Depuis 1950, l’espérance de vie à la retraite est passée de 17 à 25 ans.
Le vieillissement de la population ne concerne pas que la France ou l’Europe ; il s’agit d’un phénomène mondial qui modifie en profondeur l’organisation sociale et économique de tous les pays. Cette situation est sans précédent. La croissance contemporaine a toujours reposé sur une croissance de la population active. Il convient de s’interroger sur les moyens de retrouver de la croissance dans un environnement démographique nouveau.

Un vieillissement de la population est, en effet, porteur d’une croissance potentielle plus faible avec des gains de productivité réduits. Le vieillissement modifiera la structure de production et de consommation. Les emplois de service à la personne à faibles gains de productivité doivent logiquement se développer.
Les transferts de charges au profit des retraités ne peuvent que s’accroître du fait des dépenses de vieillesse qui progressent sur un rythme de 4 à 6 %, des dépenses de dépendance qui devraient doubler d’ici 2030 et des dépenses de santé liées à l’âge. D’ici 2030, les dépenses publiques liées aux retraités devraient atteindre 30 % du PIB. Du fait de la bonne tenue de la natalité, les dépenses en faveur de la formation des jeunes est plus forte que chez ses partenaires. Il en résulte un accroissement des charges publiques. Le taux de dépendance (ratio des jeunes de moins de 15 ans et des retraités sur population active) est de 55,5 % en France pour une moyenne au sein de l’Union européenne de 50 %). Le ratio « actifs sur retraités » qui était de 4 en 1960 est de 1,44 en 2010.

Les solutions doivent être en phase avec la double nature du problème du financement des retraites.

2. Les réponses circonstanciées du rapport Moreau

Le rapport Moreau entend résoudre essentiellement la question du financement à moyen terme avec comme risque, d’ici à deux ou trois ans, qu’il faille se remettre à l’ouvrage. L’exigence du court terme a pour conséquence le recours à une technique pointilliste risquant de générer de nombreux mécontentements.

Passage de la durée de cotisation de 41,5 ans à 44 ans

L’effet de cette mesure est plus dilutif que celle du report de l’âge de départ à la retraite. Elle favorise les générations actuelles au détriment des futures. La durée des études est plus importante pour les générations les plus récentes. En revanche, en jouant sur le paramètre de la durée de cotisation, la commission Moreau entend ne pas pénaliser ceux qui ont commencé à travailler tôt.

Modification du calcul de la pension des retraites par sous-indexation des salaires portés au compte

La sous-indexation des salaires de référence pour le calcul des pension est une mesure qui à terme pourrait avoir un fort impact sur le taux de remplacement (rapport pension /derniers revenus d’activité). L’indexation par rapport à l’inflation en lieu et place de l’indexation par rapport aux salaires et le passage aux 25 meilleures années ont, en 1993, provoqué une baisse du taux de remplacement d’environ 10 points entre les générations 1956 et 1986.
Le rapport prévoit de lier les règles d’indexation des salaires portés au compte en fonction du PIB. Cette mesure s’inspire en parti du régime suédois. Elle peut avoir des effets importants si la stagnation se prolonge.

Les retraités mis à contribution

Les retraités devraient apporter leur dîme à la restauration des équilibres. Les niches fiscales et sociales des retraités représentent 14 milliards d’euros selon la Cour des comptes. Le rapport préconise l’alignement partiel de la CSG pour les retraités qui passerait pour ceux assujettis à l’impôt sur le revenu de 6,6 à 7,5 %. Cette mesure d’équité aura un impact négatif sur la consommation.
Une réflexion sur les avantages familiaux avec leur redistribution pourrait aboutir à des économies. La désindexation partielle des pensions aurait également un impact non négligeable.
Ces mesures devraient conduire les retraités à puiser davantage dans leur épargne. En France, les retraités restent des épargnants nets jusqu’à 75 ans (après l’épargne diminue du fait des dépenses de santé et de l’organisation des successions).

Augmentation des cotisations de 0,1 point pendant 4 ans

Cette mesure risque de fragiliser le tissu économique ; le taux de marge des entreprises est à son niveau le plus bas depuis trente ans. Il est rappelé que les cotisations ont augmenté de 0,2 % pour le retour partiel de l’âge légal à 60 ans.

La question du rapprochement des systèmes de retraite publics et privés

L’harmonisation des régimes n’est pas une question financière mais une obligation éthique afin de supprimer une source inutile de rancœurs. L’élargissement de la période de référence pour le calcul des pensions des fonctionnaires constitue une demi-mesure. En effet, il est impossible de comparer en état les différents systèmes de retraite. Les salariés bénéficient d’un régime de base et de régimes complémentaires quand les fonctionnaires ne reçoivent qu’une seule pension (le régime additionnelle de la fonction publique créée en 2003 monte en puissance).

3. Des idées originales

La création d’un compte individuel « pénibilité »

Le rapport Moreau prévoit la création d’un compte « pénibilité » qui permettrait aux salariés exposés à des tâches pénibles de convertir les points ou droits obtenus en stages de formation professionnelle, en périodes de temps de travail partiel ou en trimestres cotisés pour permettre de partir plus tôt.
Cette proposition traduit l’échec de la réforme de 2010 qui liait pénibilité à invalidité. Moins de 100 000 personnes ont bénéficié du dispositif existant. La question des critères de pénibilité reste, en revanche, ouverte.

Le pilotage financier

Le rapport Moreau préconise un pilotage financier qui compléterait le pilotage démographique mis en œuvre en 2003 avec la loi Fillon. Ce pilotage financier pourrait concerner les règles d’indexation des salaires mis au compte. La commission propose qu’il ne soit pas automatique comme c’est le cas aujourd’hui pour la fixation de la durée de cotisation.

4. Les grands oublis

La capitalisation une fois de plus négligée

85 % des revenus des retraités français sont issus des régimes par répartition. Seulement 3 % proviennent de l’épargne retraite, le solde étant assuré par les revenus du patrimoine. Chez nos partenaires de l’OCDE, la capitalisation fournit 20 à 30 % des revenus.

Le taux d’épargne des Français figure parmi les plus élevés de l’Union européenne. En revanche, cette épargne est essentiellement investie à court terme et en produits de taux (titres publics). De ce fait, les entreprises françaises sont très dépendantes du financement bancaire.
La capitalisation doit s’inscrire dans une réflexion sur le financement de l’économie et dans celle du développement de l’épargne longue. Afin d’améliorer les fonds propres et favoriser l’investissement, il serait intéressant d’orienter l’épargne des Français vers les produits d’épargne retraite.
Le rapport aurait dû aborder la question de la généralisation de l’épargne retraite et celle de l’articulation avec les régimes par répartition.

Les régimes spéciaux, régimes sensibles

La France compte une quinzaine de régimes spéciaux concernant 1,6 million de personnes. Ces régimes qui différent du régime général par le mode de calcul des pensions et les âges de liquidation des droits ont été réformés en 2008 avec un début d’alignement des durées de cotisation. Le report de l’âge légal de départ à la retraite décidé dans le cadre de la réforme de 2010 ne s’applique que cas par cas et selon des calendriers spécifiques. La Commission Moreau semble avoir éludé la question d’une harmonisation afin d’éviter la multiplication des zones de fronts. Le précédent de 1995 avec plan Juppé hante toujours la vie politique.


Compte tenu des nombreuses propositions qui pourraient redessiner assez fortement le système de retraite français, l’engagement d’une réforme structurelle et d’un rapprochement sur vingt ou trente ans comme cela a été pratiqué en Italie aurait pu être envisagé.
Néanmoins, en osant toucher à la question des salaires mis au compte et servant au calcul des pensions, la Commission modifie assez profondément le régime de retraie français. Le régime de base qui était jusqu’à maintenant un régime à prestations définies, (la pension était fonction des salaires obtenus) passe de manière implicite à un système à cotisations définies (la pension ne peut être calculée qu’au moment de la liquidation). Sans faire de réforme systémique, il y a néanmoins un rapprochement des deux types de régimes.

Votre Argent.fr : retraite des fonctionnaires


Parmi les différentes informations qui ont fuité dans la presse avant l'annonce officielle prévue aujourd'hui du rapport Moreau, ce sont les efforts demandés aux fonctionnaires qui ont fait le plus de bruit.  Les fonctionnaires sont-ils réellement plus avantagés que les salariés du privé. Philippe Crevel répond à Aurélie Blondel pour le site VotreArgent.fr

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jeudi 13 juin 2013

LCP, "Ca vous regarde" spécial retraite avec Philippe Crevel



Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle a participé à l'émission de La Chaine Parlementaire "Ca Vous Regarde" qui était consacrée aux "retraites : la réforme impossible ?" avec Arnaud Robinet, dépité UMP, Eric Aubin de la CGT, Michel Issindou du Groupe PS. L'émission était présentée par Arnaud Ardouin.

Les Frabçais hésitants sur les solutions pour la réforme des retraites


Selon un sondage réalisé par CSA pour  pour BFMTV, "plus d’un Français sur deux (52%) privilégieraient les solutions qui consistent à allonger la durée de la vie active (dont 21% pour une augmentation de la durée de cotisations et 31% pour le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite).  A l’inverse, 30% opteraient pour l’augmentation des cotisations".
BR> Comme pour le sondage du Cercle des Epargnants du début de l'année, des différences existent en fonction de l'âge, des CSP et entre actifs et inactifs. Ainsi  66% des retraités privilégieraient un relèvement de l’âge légal ou une augmentation de la durée de cotisations quand  les actifs hésitent : 46% opteraient pour cette solution.  Une majorité de cadres (59%) sont favorables à l’allongement de la vie active, contre 44% parmi les ouvriers qui sont plus attachés à un départ tôt. ce résultat est à mettre en parallèle avec l'espérance de vie et avec la pénibilité.

Les sympathisants de droite favorisent majoritairement un relèvement de l’âge légal ou une augmentation de la durée de cotisations (69%), ces solutions n’étant  retenues que par 46% des sympathisants de gauche (42% préfèrent une augmentation des cotisations).

 .Ce sondage a été réalisé par internet  du  11 au 12 juin 2013 auprès d’un échantillon national représentatif de 950 personnes âgées de 18 ans et plus, constitué d’après la méthode des quotas après stratification par région et taille d’agglomération.

mardi 11 juin 2013

Vivre votre argent : et si on liait les retraites au PIB


Aurélie Blondel, pour le site Votre Argent a rédigé un article sur le rapport Moreau et la réforme des retraites en s'intéressant à l'idée  de lier nos pensions au PIB. Certains pays comme la Suède ont mis en place de telles réformes.  Elle a interrogé Philippe Crevel sur la possibilité d'appliquer une telle solution en France. Lire le papier sur le site Votre Argent  

Régimes spéciaux, quel avenir ?


Derrière la réforme des retraites prévue par le Gouvernement se profile la question des régimes spéciaux et de l'éventuelle harmonisation. Philippe Crevel a répondu aux questions d'Atlantico sur ce sujet. Lire l'interview

lundi 10 juin 2013

Retraites, quelles solutions pour quel déficit : interview de Philippe Crevel sur Atlantico.fr


A quelques jours de la publication du rapport Moreau sur la réforme des retraites, Philippe Crevel a répondu aux questions d'Atlantico sur le déficit de l'assurance-vieillesse et sur les solutions envisagées. Lire l'article sur Atlantico 

dimanche 9 juin 2013

La semaine économique et financière du Cercle des Epargnants

Le coin des épargnants

Le CAC 40 a terminé la semaine à 3 872 points en recul de 1,9 % par rapport à la semaine précédente même si vendredi grâce aux bons résultats américains en matière d’emploi, Paris comme les autres places financières a enregistré un rebond (1,53 %).
Le statu-quo monétaire de la BCE a contribué à la baisse du CAC 40 sur la semaine Les investisseurs continuent également d’engranger des plus-values après les derniers bons mois. Le secteur financier a été touché sauf SCOR qui bénéficie du rachat des activités américaines de réassurance du Groupe Generali.

L’or et l’argent ont continué de reculer. L’Inde a cessé d’être acheteuse d’or et les investisseurs se sont remis à parier sur les titres en dollar du fait de la confirmation de l’embellie conjoncturelle. L’once d’or est désormais à 1379 dollars.

Etats-Unis, toujours et encore

Tout en réduisant leur déficit public qui devrait passer de 8 à 5 % du PIB, les États-Unis obtiennent un taux de croissance de 2 %. Elle ne pourra pas atteindre 3 % du fait du frein budgétaire qui pèsera cette année et la prochaine. L'économie américaine a créé 175 000 nouveaux postes au mois de mai. Certes, le taux de chômage a augmenté en passant de 7,5% à 7,6%. Cette progression est imputable à l’amélioration taux d’activité qui est passé de 63,3% à 63,4%. Les Américains qui ne cherchaient plus un travail du fait de la conjoncture reviennent sur le marché du travail. Il faut également souligner la croissance des rémunérations horaires, qui progressent actuellement plus rapidement que les prix, permettant une augmentation du pouvoir d'achat des salaires.

La FED semble avoir décidé de maintenir sa politique monétaire accommodante réduisant les anticipations sur un relèvement des taux obligataires.

Zone euro, à quand la sortie du marasme

La BCE a révisé à la baisse ses prévisions pour 2013. Elle estime le recul du PIB à 0,6 % cette année. Pour 2014, la croissance serait légèrement plus forte que prévu avec 1,1 %. Les prévisions étaient jusqu'alors d'un recul de 0,5 % en 2013 et d'une croissance de 1 % en 2014.
Les prévisions d'inflation pour les 17 pays de l'euro ont été également revues à la baisse avec un taux de 1,4 % pour cette année (1,6 % précédemment). Pour l'an prochain, le pronostic est inchangé par rapport aux prévisions de mars, à 1,3 %. Néanmoins, la BCE considère que les risques de déflation sont faibles et ne prévoit pas de remettre en cause sa stratégie monétaire.

Le programme de soutien à l’activité au sein de l’Union européenne est toujours en  négociation. Ainsi, sont en cours d’élaboration les initiatives de la Banque européenne d’Investissement (BEI) visant à stimuler les prêts aux PME. Néanmoins, l’accord n’est pas encore à porter de main.

En revanche, le Conseil de la BCE a indiqué qu’il était disposé d’étudier la possibilité d’adopter une «forward-guidance» concernant les taux directeurs, prenant exemple sur la Fed qui a annoncé qu’il ne remettrait pas en cause sa politique tant que le taux de chômage ne serait pas revenu à 6,5 %.

La BCE souligne que «la politique monétaire demeurera accommodante aussi longtemps que nécessaire», mais, ce faisant, la BCE fait surtout allusion aux opérations d’apport de liquidités et non aux taux d’intérêt. Or un engagement sur les taux d’intérêt est demandé par les investisseurs.

Guerres commerciales entre l’Europe et la Chine

Ici, l’Europe est jugée pas assez offensive en matière de respect des règles de l’OMC ; en Chine, l’Europe est jugée protectionniste.

La Commission européenne a décidé de taxer les panneaux solaires chinois. En réaction, la Chine a accru les droits sur le vin et menace de le faire sur les voitures. La France et l’Allemagne seraient ainsi pénalisées sachant que le gouvernement d’Angela Merkel a critiqué les annonces de la Commission. La Chine est touchée par le ralentissement du commerce international généré par la récession de la zone euro. Par ailleurs, les tentations protectionnistes se développent et la France est plutôt en point sur ce sujet. Compte tenu du potentiel du marché intérieur chinois, l’Allemagne qui est le deuxième exportateur mondial ne saura admettre trop longtemps une guerre commerciale avec la Chine. La France afin de d’obtenir la cohésion de l’Union a demandé une réunion des ministres de l’Economie et des Finances sur ce sujet. Affaire à suivre…

France, l’heure de la retraite a sonné

Les préparatifs pour la nouvelle réforme des retraites se mettent en place avec les fuites organisées sur le prochain rapport Moreau qui devrait servir de base aux futures propositions du Gouvernement. Le défi est d’endiguer le déficit de l’assurance-vieillesse qui pourrait atteindre une vingtaine de milliards d’euros d’ici 2020. Le cocktail pressenti comporte l’allongement de la durée de cotisation, des relèvements de prélèvements et de la désindexation. En revanche, le changement de mode de calcul des pensions des fonctionnaires suggéré par le rapport Moreau promet un beau combat à supposer que le Gouvernement souhaite l’engager.

Le Gouvernement, en revanche, s’interdit de reporter l’âge légal et de se lancer dans une réforme systémique. Les tenants de l’introduction d’un régime unique par points avec compte notionnels sont très discrets. La CFDT qui après l’adoption de l’ANI sur la sécurisation de l’emploi n’entend pas s’exposer sur ce sujet très sensible et source de divisions entre les syndicats.

A suivre, next week

Lundi, en France, l’INSEE publiera les résultats de la production industrielle du mois d’avril. Il est 
espéré un rebond après le très mauvais mois de mars.
Après des résultats ambigus de la politique monétaire mise en œuvre par le Japon, mardi 11 juin est prévue une réunion clef de la Banque centrale BoJ. Elle pourrait décider d’anticiper ses achats de JGBs en laissant son objectif de doublement de la base monétaire inchangé.

Mardi, ce sera au tour du Royaume-Uni de publier les résultats de la production industrielle du mois d’avril. En mars, la production industrielle avait affiché une deuxième hausse consécutive (+0,7% m/m). Une légère augmentation en avril est attendue.

Mercredi, les autorités japonaises communiqueront les résultats des commandes qui devraient être en baisse.

Le Royaume-Uni publiera les résultats de l’emploi du mois d’avril avec certainement peu d’évolution par rapport à mars.
Pour la zone euro, sera connue la production industrielle d’avril. En mars, elle avait progressé de 1% m/m en mars, après+ 0,3% en février. Une petite hausse est espérée.

Toujours mercredi, l’INSEE publiera le résultat de l'inflation en France. En glissement annuel est attendue quasi inchangée à 0,8% contre 0,7% en avril, la hausse des prix alimentaires contrant la baisse des prix de l'énergie.

Jeudi, aux Etats-Unis seront publiés les résultats des ventes de détail pour mai qui devraient être en hausse de 0,3 %. 

Les jeunes pessimistes sur l'avenir du système de retraite

Selon un sondage Ifop pour Dimanche Ouest France, les jeunes sont sans illusion concernant l'avenir des retraites. 48% des jeunes de moins de 25 ans estiment, en effet, que le seuil de départ en retraite sera pour eux supérieur à l'âge de 70 ans. Seuls 26% des personnes interrogées se disent "confiantes" dans la garantie de toucher une retraite "satisfaisante" par rapport à leurs revenus.

vendredi 7 juin 2013

Régime vieillesse : une année 2013 marquée par une augmentation du nombre de retraités


En 2012, l'assurance-vieillesse et le fonds de solidarité vieillesse en charge des dépenses de solidarité ont, en 2012, enregistré un déficit de 8,9 milliards d'euros contre 9,5 milliards d'euros en 2011 et 13 milliards d'euros en 2010. Pour 2013, un déficit de 6,5 milliards d'euros est attendu selon les comptes de la Sécurité sociale. Le régime retraite serait déficitaire de 3,5 milliards d'euros et le FSV de 3 milliards d'euros.

En 2013, les prestations retraite devraient augmenter de 4,2 % malgré la moindre revalorisation des pensions. Il est attendu 715 000 départs à la retraite cette année soit un bond de 24 % par rapport à 2012. Cette augmentation s'explique par la montée en charge de la réforme de 2010. Par ailleurs, 138 000 départs anticipés sont attendus contre 84 000 en 2012.

La CNAV et le FSV réduisent, en 2013, leur déficit du fait des augmentations de ressources. Ainsi, les cotisations vieillesse ont augmenté de 0,2 % au 1er novembre 2012. Les prélèvements sociaux ont également été augmentés l'année dernière.

Les régimes sociaux sont très dépendants de la croissance et de l'évolution de la masse salariale. Une contraction d'un point du taux de croissance génère une moins-value de près de 2 milliards d'euros pour le régime général de la Sécurité sociale et de 680 millions pour la seule assurance-vieillesse. Compte tenu des hypothèses retenues à l'automne d'une croissance de 0,8 point et d'un possible recul de 0,2 point du PIB en réel en 2013, il est fort probable que la dérive des comptes sera située autour de 2 à 3 milliards d'euros cette année.

Les seniors de plus en plus portés au travail


Conséquence des réformes et de la crise qui diminue le pouvoir d'achat, les seniors sont de plus en plus nombreux à travailler. Ainsi, une étude de l'INSEE souligne 50 % des 50-69 ans occupent un emploi sans toucher leur retraite. De 50-54 ans, ce taux est de 90,1 %. Il baisse à 74 % de 55 à 59 ans. Il chute à 18,7 % de 60 à 64 ans pour atteindre 2,3 % entre 65 et 69 ans.

Seulement 2 % des 50-54 ans sont à la retraite contre 9 % pour les 55-59 ans, 73 % pour les 60-64 ans et 97,1 % pour les 65-69 ans en 2012. En 2006, 11 % des 55-59 ans étaient en préretraite. Chez les personnes âgées de 60 ans, de 2006 à 2012, le nombre d'actifs ayant un emploi a progressé de 22 points et le nombre de demandeurs d'emploi de 3,5 points.

Deux tiers des retraités de 60 à 69 ans sont passés directement passés de l'emploi à la retraite, le tiers restant a connu une période de chômage, d'invalidité ou de préretraite.67 % ont quitté leur emploi en ayant satisfait les conditions requises pour obtenir une retraite à taux plein. 16 % avaient atteint l'âge obligatoire de retraite (fonction publique, mise à la retraite d'office...).

En 2012, 7 % des retraités de 60 à 69 ans continuent de travailler. ce taux a doublé par rapport à 2006. le cumul emploi-retraite assoupli en 2009 a favorisé cette évolution. 50 % des retraités concernés le font car ils jugent leurs pensions insuffisantes. 43 % le font pour des raisons non financières. Sans surprise, ce cumul concerne plus les cadres et les diplômés.

En moyenne, les Français âgés de 50 à 59 ans pensent partir à la retraite à 61,4 ans soit 1,5 an de plus qu'en 2006. Pour les diplômés de l'enseignement supérieur, la moyenne est à 63,4 ans

jeudi 6 juin 2013

Futur rapport Moreau : retraite du secteur public face aux retraites du privé


Après les fuites du futur rapport Moreau sur l'avenir du système de retraite, Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des Epargnants présente dans un article publié sur le site d'Atlantico les différences entre les retraites versées par le régime générale et celles de la fonction publique. Le mode de calcul et certains avantages diffèrent. Le chantier de l'éventuelle harmonisation ne sera pas simple à conduire. Lire l'article de Philippe Crevel sur Atlantico.fr

mercredi 5 juin 2013

Les Français face au défi financier de la dépendance

TNS SOFRES  a réalisé une étude réalisée en face-à-face, pour La Fédération Hospitalière de France concernant la question de la dépendance et des maisons de retraite. Cette enquête a été menée du 27 au 30 mars 2013, auprès d'un échantillon national de 1011 personnes, représentatif de l'ensemble de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas (sexe, âge, PCS du chef de famille) après stratification par région et habitat. Selon ce sondage, 30 % des Français ont une personne en perte d'autonomie dans leur entourage et parmi eux 22 % aident une personne âgée.  Les aidants sont majoritairement des femmes de 50 à 64 ans. Face aux frais d'hébergement, 46 % des personnes interrogées considèrent que leurs parents dépendants ou eux même ne peuvent pas payer une maison de retraite adapté ; ce résultat est en hausse de 4 points par rapport à 2011. 39 % pensent que la personne concernée peut payer et 8 % qu'elle devrait prendre en charge la dépense. Pour faire face aux dépenses de dépendance, les Français souhaitent un effort accru de la solidarité nationale. A cet effet, ils sont disposés à 30 % à une augmentation de la CSG, à 13 % à une augmentation des droits de succession et 4 % à une augmentation de la CSG des retraités. 22 % sont favorables à la souscription d'une assurance dépendance. Par ailleurs, 87 % des Français veulent un plafonnement des prix des maisons de retraite.   Consulter l'enquête 

mardi 4 juin 2013

Rapport Moreau sur les retraites

Le Conseil d'Orientation des Retraites le 19 décembre 2012 avait alerté le Gouvernement et l’opinion sur le fait que le solde financier du système de retraite serait déficitaire d’environ 20Md€ en 2020 (- 20,8Md€ dans le scénario le plus optimiste, -24,9Md€ dans le plus pessimiste). Ce défi pourrait même atteindre plus de 70 milliards d’euros en 2040.

Le 27 février dernier, le Premier Ministre a installé une Commission dite « Commission pour l’avenir des retraites ». Cette commission avait reçu comme mission d’établir des propositions que le Gouvernement pourrait le cas échéant retenir en vue d’une négociation avec les partenaires sociaux.
Les pistes officieuses de cette commission semblent pour certaines d’entre elles être en phase avec les lignes de force retenues par le Gouvernement (durée de cotisation) et pour d’autres sont plus ambitieuses et sujettes à la polémique.

Ce rapport a pour vocation de servir de base de négociation et ne sera pas a priori repris en tant que tel dans le texte qui sera soumis au parlement à l’automne.

1. les retraités ne sont pas à la fête

Le Gouvernement osera-t-il à quelques mois des élections municipales s’attaquer aux retraités en alourdissant leurs prélèvements ? Le rapport remet en question les niches fiscales et sociales dont bénéficient les retraités dont le montant total est évalué à 14 milliards d’euros.

Il est ainsi  proposé de supprimer l'exonération d'impôt de 10% pour frais professionnels dont bénéficient les retraités (cette mesure rapporterait 2,7 milliards d’euros) ou de fiscaliser les majorations de 10% pour les parents de trois enfants et plus.

Il est aussi suggéré d’aligner le taux de CSG des retraités aisés sur celui des actifs. Aujourd'hui le taux de CSG sur les retraités assujettis à l'impôt sur le revenu est de 6,6 % contre 7,5 % pour les actifs. Cette mesure rapporterait environ 1,2 milliard d’euros. Les retraités bénéficiant des minima sociaux sont exonérés de CSG et ceux qui acquittent un impôt sur le revenu inférieur à 61 euros sont soumis à un taux de 3,8 %. 49 % des retraités seraient concernés par le passage de 6,6 à 7,5 %.

Il est précisé dans le rapport que ces mesures ne sont pas forcément cumulatives.

2. allongement de la durée de cotisation

Sans surprise, Yannick Moreau indique qu'il faudra travailler plus longtemps. Si elle ne choisit pas entre allongement de la durée de cotisation et le  report de l'âge légal, sa préférence semble aller à la première. La durée actuelle est de 41,5 années. Le principe actuel est que l’allongement de l’espérance de vie est répartie deux tiers pour la durée de cotisation et un tiers pour la retraite. Il pourrait être décidé d’accélérer le passage à 42 voire à 43 ans.

3. hausse des cotisations patronales

Au moment où le MEDEF est en pleine campagne électorale, la proposition d'augmenter les cotisations risque d'entraîner quelques débats. Il est proposé de relever de 0,3% de la cotisation patronale déplafonnée, qui augmenterait ainsi de 1,6% à 1,9%. Cette mesure pénaliserait le facteur travail. Il faut déjà souligner que la réforme de l’été 2012 sur le retour partiel de la retraite à 60 ans a prévu une augmentation des cotisations retraite (0,1 point sur la part salariale et la part patronale). En augmentant de 0,3 %, le gain serait supérieur à 2 milliards d’euros.

4. désindexation

Le rapport prévoit d’instaurer une sous-indexation des salaires des actifs  (portés au compte) pour le calcul de leur retraite. Cette mesure est indolore mais terriblement efficace pour diminuer les pensions qui seront versées ultérieurement. La désindexation par rapport aux salaires en 1993 a entraîné une baisse du taux de remplacement de 10 points.

Cette mesure s’inscrit dans le prolongement de l’accord sur les complémentaires du mois de mars dernier.

5. Modification des règles de calcul des retraites des fonctionnaires

Autre sujet brûlant, le rapport propose de calculer les pensions des fonctionnaires sur la base des traitements des 10 dernières années, et non plus des six derniers mois. Pour information, la retraite mensuelle moyenne est de 1256 euros pour le régime général, de 1937 euros pour la fonction  publique d’Etat, de 2104 euros pour les retraités de la RATP et de 1840 euros pour ceux de la SNCF (chiffres 2011 – DRESS).

Pour faire passer cette modification substantielle, les primes seraient mieux prises en compte dans le calcul. Il faut noter qu’en 2003, le régime additionnel de la fonction publique a été institué  pour permettre aux fonctionnaires de cotiser sur leurs primes.

6. Pénibilité

Au sujet de la pénibilité, le rapport Moreau propose deux solutions: mettre en place des congés de fin de carrière ou un système d'acquisition de suppléments de retraite. Le rapport retient deux types de situation de travail pénible: le travail de nuit et l'exposition à des substances cancérigènes.

7. Avantages familiaux /égalité homme - femme

Conformément aux souhaits du Gouvernement, la Commission Moreau a travaillé sur des mesures visant à réduire les inégalités hommes/femmes en matière de pension. La retraite moyenne des femmes représente 72 % de celle des hommes (58 % pour les droits directs en 2011). Néanmoins, l’écart tend à se réduire du fait de carrière plus complète.

Le rapport Moreau demande une refonte des avantages familiaux liés au nombre d'enfants. Ce système, proportionnel au niveau de la pension, favorise en effet plus les hommes que les femmes.